PERFIDE EST LA MUSE
CALLIOPE, Muse de la Poésie
Je la veux voir pendue de par sa gorge fine,
La voir se balancer, ma Muse alexandrine,
Pareille au pinson éclamé
;
Je la veux à merci, fidèle et consentante
Ténébreuse parfois mais toujours envoûtante,
Esprit de mon coeur sublimé.
Je la veux au lutrin m'accordant ses lumières,
Attentive à ma bouche, aux ardentes prières
Que je lui murmure tout
bas.
Je la veux fleur de lys, divine souveraine
Des douves de mon âme où sa vision m'enchaîne,
Où je n'ai d'issue que trépas.
Je la veux pour moi seul sans idée de partage,
Conquérant de Babel, de Troie et de Carthage,
Captive de mon bras guerrier
;
Je la veux et pourtant elle ne sera mienne,
Son destin est ailleurs, au large de ma peine...
Voguant loin de mon encrier !
Par Alice HUGO
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Ma plume
s'est saoulée aux liqueurs de mon encre,
Titubant au lutrin sur les feuillets
noircis,
Tandis que près de l'âtre où je dormais
assis,
Des lutins goguenards chantaient "Au cancre
! Au cancre !".
Calliope
ou Clio, que j'invoquais en vain
- N'ayant de préférence au choix de ces
traîtresses
Dont le retrait soudain me laissait sur les
fesses -
S'en étaient toutes deux allées vers le
sylvain. *
Je
dérivais en creux au large de mon crâne,
Dionysos ondulant sur le lâche abandon
Qui donnait à ma rime un sens
boustrophédon...**
Quand me sortit du col le braillement d'un
âne !
Le
cri me reveilla. Ô sursaut salvateur !
Le feu était sur moi, léchant mon
pantalon
Par le jaillissement d'un facétieux
brandon
Dont l'oeil me regardait, rubicond et
moqueur.
M'inondant
au baquet couvert de falbala,
Je fis, à la faveur de son averse
pure,
Le voeu de renoncer à l'ivresse future...
Mon âme en fut logée : les Muses étaient là !
* Génie des bois.
** Ecriture qui se lisait dans
tous les sens; ici, sans queue ni tête
Par Alice HUGO
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TRAHISON
Dans la profondeur bleue d'un océan de
larmes,
J'ai noyé ma détresse et déposé les armes,
Puis j'ai dansé tout nu pour la Sirène brune
Qui tressait des fils d'or en chantant sous la Lune.
Ah ! maudite sorcière au sortilège infâme !
Tu as tout consumé, ma vie, mon corps, mon âme !
Et dans une envolée de sinistre mémoire,
Enfourchant ton balai tu m'as laissé sans gloire.
De l’Amour tu avais le goût et
l’apparence,
Mais le masque est tombé, de ta
concupiscence ;
Lors, mes
yeux éplorés devant tant de bassesse
Se sont écarquillés d'horreur et de tristesse.
Va, chevauche les cieux sur ta vile monture
Tourmente d'autres cœurs perdus, je n'en ai cure !
Et ne te risque pas à fondre sur ma porte
:
La magie de tes mots est pour moi lettre
morte !
Que les astres sacrés que parfois tu invoques,
Transforment ta parure en misérables loques,
Semant au firmament, en poussière d'étoiles,
Ta carcasse éthérée pourrissant dans ses voiles.
Par Alice HUGO
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