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24 août 2013 6 24 /08 /août /2013 10:19

LE SILENCE DES PISTILS


La bête à la dent carnivore a dévoré ses ultimes provisions de résistance, recrachant des noyaux de douleur sur ses épaules, dans ses reins, et le long de ses cuisses noueuses. Magali s’est affalée, tordue comme un vieux cep de vigne, dans le giron soigneur de l’olivier ancestral. Dans la ruche de son crâne, sa raison bat de l’aile…Elle rêve que l’arbre est un cocotier, et son champ de lavande un atoll paresseux qui se moque du sablier des flots. Elle sent même les embruns lécher sa bouche tragique et sertir les lagons de sa gorge. Mais les perles de cils ne font pas les colliers de nacre…Magali ne croit plus au corsaire charmant qui, loin, l’emportera sur son beau vaisseau blanc.

Elle déplie l’accordéon de son échine dans une cacophonie d’accords grinçants et de soupirs en si bémol. Lentement, elle dénoue les rubans de chaleur que l’écorce sylvestre a brodés sur ses lambeaux de rêves. Puis elle s’incline à nouveau vers les gracieux épis de sa subsistance.

Des courbettes, elle en a fait toute sa vie, et ses parents avant elle : une famille de « cambrés-en-dedans » !

Au placier du Marché, d’abord, croupier cupide du tapis d’asphalte où l’existence se joue sur une boule de loto bannissant les impairs… Aux chalands, moutons bêlant leur suffisance sur l’écume de ses étés sans vacances ; qui s’extasient lorsque le pinceau de sa langue dessine, sur leurs iris fossilisés par la grisaille des cachots urbains, le bleu mauve des lavandes et leurs mystérieux pouvoirs tressés d’amour provençal. Sans jamais étaler le rouge incandescent de sa souffrance, ni le noir turpide de sa solitude. Ces consommateurs éphémères dont il faut percer le coffre-fort cardiaque d’une pointe enjôleuse et soumise, pour quelques écus de vie. « Le client est roi » disait sentencieusement sa mère… Au mistral, qui couche son parapluie et viole les hampes gansées des bouquets, à même le banc, sous les rires tintinnabulants des fioles d’essence parfumée qui cuvaient leurs principes à l’ombre de la banaste… A la pluie, qui fait ruisseler le nickel des réticules dans les échoppes blindées du centre commercial. « Il faut se plier aux éléments » disait mélancoliquement son père.

Ah ! Pour se plier, elle s’est pliée, Magali ! En deux. En quatre. (et pas souvent de rire)  Le corps et l’âme en révérence devant le majestueux aréopage floral ; arquée dans le ventre du Rascal bas de plafond, pour le gaver de la pitance aromatique qu’au petit jour il vomira sur la place du marché ; courbée sur le volant rétif du tacot sans ressort, les chairs démaillées par le poinçon de ses épines dorsales ; fléchie sous les assauts du mal. Les fleurs du mal…

Pourtant, comme elle les aime ses lavandes, qui enluminent les sillons ombreux de son cœur d’un flamboyant terreau cicatriciel ! Celui qu’aucun de ses rares amants n’a fertilisé de sa semence, et qui embaume les lèvres cousues de son destin.

Magali n’est pas amère. Dans sa balance de Roberval, l’optimisme et le fatalisme font poids égal. Elle ne redoute de fléau que celui de la mort tarée au poids des ans. Les siens sont légions d’une armée en déroute, mais le jus de ses veines distille encore un miellat de résilience qui cristallise son courage et dulcifie sa douleur.

Dans le silence des pistils.

 

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