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8 août 2014 5 08 /08 /août /2014 15:02

CASTELBOUC,

DES OMBRES Á LA LUMIERE

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                                                   "Plus la lumière est forte, plus l'ombre est profonde." (GOETHE)

 

Le Ciel a ses secrets, la Terre a ses mystères...

Il est des paradis sur des landes austères
Que l'on aurait grand tort de ne pas découvrir
Quand éclot dans leur sein la fleur du souvenir.


                                 * * *
Dans les Gorges du Tarn un village s'éveille...
Mais qui veut contempler l'ancestrale merveille
Doit ressentir en lui les attraits du décor,
Car rien ne le prépare au fabuleux trésor
Que recèlent ses murs au détour d'un virage.
Tous ceux qui l'ont trouvé se sont dit : "Un mirage" !,
Tant le hameau, serti d'un écrin verdoyant,
Se tapit à l'abri du frivole assaillant
Qui, sur le Belvédère, envisage le site.
Sache-le, Visiteur, Castelbouc se mérite !
De la route en surplomb il demeure caché ;
Or le Castelbounel, loin d'en être fâché,
Apprécie, à raison, ses profondeurs paisibles,
Ses sentiers aux piétons seulement accessibles,
Et le simple apparat de ses Causses brûlants,
A l'écart des Cités et de leurs faux-semblants.
Ici, les villageois, de cœur ou d'héritage,
Cultivent sans effort les bienfaits du partage,
Laissant ouvert le seuil de chacune maison
Que dore le soleil à la belle saison.
Du fringant potager aux banquettes mousseuses,
Des rideaux crochetés aux grilles vaporeuses,
C'est un feu d'artifice à réjouir les yeux,
Rythmé par des refrains emplis d'accents joyeux.


                                 * * *
Les beaux jours font fleurir les enfants sur la place,
Effaçant, des frimas, la morne et pâle trace ;
Tout n'est que rires, joie, et sur chaque maison
Passe le souffle clair d'une espiègle chanson.
Et les voilà partis pour "un tour de village",
Dévalant les goulets où des pavés sans âge
Frémissent de plaisir sous les pas des gamins
Qui, l'oreille attentive aux soupirs des chemins,
Ecoutent les secrets que racontent les pierres...
Puis ils vont au ballat* s'inventer des sorcières,
De vaillants chevaliers, ou quelques revenants
Dont ils croient percevoir les reproches grinçants,
Ce qui fait aussitôt s'éparpiller la troupe
Á grands cris tapageurs, et craignant pour sa croupe !
Les marches de l'Eglise accueillent les mignons
Qui, reprenant leur souffle, assis en rang d'oignons,
Jurent qu'ils n'iront plus construire une cabane
Dans le lit du chaos où le mystère plane !


                                 * * *
Plus haut, dans la forêt, frênes, bouleaux, sapins
Murmurent d’allégresse aux jeux des galopins
Venus, avec l’été, rompre leur solitude ;
Tandis que les corbeaux, prenant de l’altitude,
Sur le Rocher de l’Aigle aujourd’hui déserté,
Enluminent l’azur d’orbes de liberté.
Un long sentier feuillu descend vers la rivière,
Laissant apercevoir le petit cimetière
Où l’âme des Anciens, ceinte d’éternité,
Repose indolemment dans la félicité.
L’onde verte et moussue enlace le rivage,
Avant de cascader, plus loin, claire et sauvage,
Pour le plaisir bruyant des nombreux canoteurs.
Tout vit, chante, frémit dans ces lieux enchanteurs !
Tout ?... Prends garde, Étranger, au Château de légende…
Car bien qu’une nature hostile le défende,
Bien qu’il ne soit que ruine et sombres éboulis
Où dorment les trésors des temps ensevelis,
Il recèle en son sein le sceau de la luxure !


                                  * * *
Dans les siècles ombreux, sous la Croix de l’armure,
Les preux et les vassaux partirent au combat…
Il advint qu’une femme, astreinte au célibat,
S’en plaignit au Seigneur ; il lui offrit sa couche.
La chose fut connue, alla de bouche en bouche,
Chacune gémissant : « D’amour nous avons faim ;
Oyez notre malheur, Messire Châtelain :
Nos hommes sont au loin, et la Croisade dure…
Ah, sauvez notre chair des tourments qu’elle endure ! »
Le pleutre suzerain donna maint réconfort,
Tant et si bien qu’un jour … il périt dans l’effort !
L’on vit alors planer, le soir des funérailles,
Son âme pécheresse au-dessus des murailles
Et qu’un bouc maléfique emporta vers l’Enfer.
La populace en pleurs criait « C’est Lucifer ! »
Un vieille clama : « Faisons tous pénitence !
J’entends la voix de Dieu, je connais sa sentence !
Femmes, si vous voulez obtenir le pardon,
Il nous faut, cette nuit, du fief changer le nom :
Tu seras Castelbouc !, de sinistre mémoire,
Mais les âges futurs entonneront ta gloire ! »


                                   * * *
L’eau du Tarn a coulé depuis ces Temps Obscurs…
Le village, ablué de ses esprits impurs
Renaît, fier et pimpant, du silence immobile,
Sculptant au fond des cœurs la trace indélébile
D’un écrin Cévenol dont le touriste ému
Dira, contemplatif : « Ce joyau, je l’ai vu ! »
Ainsi je te salue, hameau de mes Ancêtres
Qui charrie en mon sang chacune de tes lettres
Tel un philtre d’amour dont mon corps s’est nourri.
Reçois les justes mots d’un hommage attendri,
D’une ardente ferveur pour ce noble héritage
Me faisant à jamais ton bienheureux otage.
Castelbouc ! Castelbouc ! Or de mon étendard,
Même absente de toi je vis sous ton regard.

 

 

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